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La légende de Sainte Julite

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En ce temps-là, le roi Brancos régnait à Saint Jean d’Aubrigoux. Son fils aîné venait d’épouser l’héritière du Chateau d’Artites, Julite, la plus belle enfant de toute la région.

Une troupe féroce de barbares, commandée par le roi Ouigour, ravageait la contrée, suivant les rives de la Loire.

Par une nuit sans lune, Ouigour grimpa jusqu’à Artites, où était le couple royal, prit d’assaut le manoir, massacra ses défenseurs et frappa de sa main le jeune prince, qui luttait en désespéré pour donner à Julite le temps de gagner la forêt.

Elle y parvint enfin, le corps déchiré par les ronces, les pieds nus tout meurtris et glacés par la neige, l’âme brisée de crainte et d’émotion.

Jusqu’à l’aurore, elle marcha droit devant elle. Quand le jour fut levé, elle sortit des bois et vit une fumée s’élever dans les airs. Se dirigeant de ce coté, elle atteignit enfin Vertaure, petit village perdu dans la campagne.

Elle frappa à la première porte. Un homme hargneux et bourru l’entr’ouvrit un instant, puis la referma en jurant, ne voulant pas la recevoir. A la porte suivante apparut une vieille qui la laissa encore dehors.

Devant la troisième maison, un bouvier qui mangeait sa soupe rentra vivement dans l’étable et mit la barre au grand portail....

Julite comprit bien qu’il n’y avait rien à faire en ce pays maudit. Elle quitta Vertaure et reprit son chemin...

Longtemps, longtemps, elle marcha...Epuisée, hors d’haleine, elle vint tomber sur le seuil du premier logis d’Eyravaz. Le maître de céans arriva, regarda d’un oeil dur la piteuse étrangère puis rentra sans mot dire, et verrouilla sa porte. A la maison suivante, on lui lança les chiens...

Elle fit un dernier effort,et vint tomber évanouie contre la dernière maison, sous un vieux buisson d’aubépine.

Dans le même moment, un éclair formidable déchira le ciel, le tonnerre tomba sur Vertaure et le brûla comme un fétu de paille. Les gens d’Eyravaz, frissonnant d’épouvante, virent de leurs fenêtres la Reine des fées, portée par un nouvel éclair, suivie d’une foule innombrable de fées et de lutins.

Pendant que les Bonnes Dames entouraient Julite, ceux-ci escaladèrent les logis, arrachèrent les toitures, qu’ils jetèrent dans les congères voisines, tandis que les habitants affolés s’échappaient en courant et gagnaient les forêts prochaines...

La Reine de fées s’approcha de Julite et la toucha de sa baguette. La pauvre enfant ouvrit les yeux, vit les Bonnes Dames autour d’elle et comprit qu’elle était sauvée.
"Ne craint rien ! dit la Reine, je te prends sous ma protection !".
Julite se sentit enlevée dans les airs... Les lutins l’emportaient à travers les nuages.

A ses yeux éblouis apparut bientôt, tout la-bas, au fond de ses gorges béantes hérissées de pins blancs de givre, le vieux château d’Arzon dont nul mortel n’eut osé s’approcher car on le disait enchanté...

Ses quatres tours étaient alors coiffées de longs pignons pointus ; sur ses terrasses, étagées tout au flanc du roc, des chênes millénaires dressaient leurs masses d’or : une clarté mystérieuse emplissait tout le val, et les cloches de Coutarel, enfouies par les habitants sous le lit du ruisseau, en un jour de panique, sonnaient à toute volée, sous le sol, ce qui ne s’ouïssait jamais qu’aux jours de grands prodiges...

Les lutins pénétrèrent dans la grande salle du château, par la fenêtre ouverte, et déposèrent Julite sur un divan recouvert de riches soieries.

"Enfant ! dit la Reine des fées, ton époux n’est point mort. Mes filles l’ont sauvé. Demain tu le retrouveras, dans le nouveau château que je veux vous offrir."

Mais déjà les lutins étaient repartis chercher le jeune prince, dont les fées pansaient les blessures. Chemin faisant, ils s’offrirent le malin plaisir de voir à Eyravaz la fureur des durs villageois, qui en rentrant chez eux, trouvaient leur juste punition.

Le buisson d’aubépine qui avait abrité Julite était couvert de roses magnifiques, mais, dans les logis, les marmites avaient été renversées, la vaisselle brisée, le bétail lâché dans les champs, les greniers crevés et le grain jeté avec le foin tout au travers de l’aire...

A Artites, Ouigour et ses suppôts avaient découvert dans les caves un fût de vieux vin de Chausson et en avaient tant bu qu’ils ne se doutèrent même pas que les lutins faisaient effondrer sur eux ce qu’il restait de murailles debout parmi les ruines du château.
Le jeune prince, enlevé comme son épouse, fut porté par les airs, jusqu’au plus fier sommet des cimes de Beaumont,où la Reine des fées, d’un coup de sa baguette, fit surgir un manoir splendide, dominant tout le Livradois.

Julite et son époux y vécurent longtemps heureux. Ils y eurent beaucoup d’enfants, qui furent les seigneurs de Beaumont et les Chalencon-Polignac.